Auto-entrepreneur : du chiffre d'affaires au vrai net
Cotisations, impôt, CFE, retraite non comptée : combien reste-t-il vraiment sur 100 € de CA en micro-entreprise ? Le calcul complet par activité.

- 1Sur 100 € de CA en prestation de services, il reste environ 70-75 € après cotisations et impôt, avant vos frais réels.
- 2Le piège du statut : les frais ne se déduisent pas. L'abattement forfaitaire peut être très inférieur à vos coûts réels.
- 3Les taux de cotisation des professions libérales ont fortement augmenté : 26,1 % en 2026.
- 4Le « net » micro n'inclut ni mutuelle, ni prévoyance, ni vraie retraite : comparez-le à un salaire avec lucidité.
Sur 100 € de chiffre d'affaires en micro-entreprise, il vous reste, après cotisations sociales et impôt sur le revenu, environ 70 à 75 € en prestation de services, 85 € en vente de marchandises. Mais ce chiffre est un trompe-l'œil : il ne déduit ni vos frais réels, ni la protection sociale que ce statut ne vous donne pas. Le vrai net d'un auto-entrepreneur est presque toujours inférieur à ce que la simplicité du statut laisse croire.
La micro-entreprise est un excellent régime, à condition de savoir exactement ce qu'on signe. Trois millions de Français l'utilisent, souvent sans avoir fait le calcul complet. Faisons-le.
Étape 1 : les cotisations sociales, prélevées sur le CA
La signature du régime : les cotisations se calculent sur le chiffre d'affaires encaissé, pas sur le bénéfice. Taux 2026 :
| Activité | Cotisations sociales | |---|---| | Vente de marchandises (BIC) | 12,3 % | | Prestations de services BIC (artisans...) | 21,2 % | | Professions libérales (BNC) | 26,1 % |
Le taux des libéraux mérite une explication, car il raconte quelque chose : il était de 21,1 % en 2023, il atteint 26,1 % en 2026, une hausse d'un quart en trois ans, programmée par décret pour financer... la retraite complémentaire des intéressés. L'État a constaté que les micro-BNC cotisaient trop peu pour leur propre pension et a relevé le prélèvement d'office. C'est un rappel utile : dans ce statut, votre protection sociale se paie, ou ne s'acquiert pas.
Étape 2 : l'impôt, au barème ou libératoire
Deux voies :
- Le régime de droit commun : votre CA subit un abattement forfaitaire (71 % vente, 50 % services BIC, 34 % BNC) et le reste rejoint votre revenu imposable au barème.
- Le versement libératoire (sous conditions de revenu) : 1 % du CA en vente, 1,7 % en services BIC, 2,2 % en BNC, payé en même temps que les cotisations, et l'affaire est réglée.
Le libératoire n'est intéressant que si votre taux moyen d'imposition dépasse son taux implicite ; pour un contribuable non imposable ou à faible TMI, il fait payer un impôt qu'on n'aurait pas dû. Le calcul se refait chaque année.
Étape 3 : celle que tout le monde oublie
Voici où le « net » micro se dégonfle, et c'est le cœur de cet article :
- Vos frais réels ne se déduisent pas. L'abattement forfaitaire de 34 % (BNC) est généreux pour un consultant qui travaille de chez lui avec un ordinateur, ruineux pour une activité avec matériel, déplacements ou achats. Si vos frais réels dépassent l'abattement, le régime réel (entreprise individuelle classique, EURL) devient mathématiquement supérieur.
- La CFE : quelques centaines d'euros par an dans la plupart des communes, dès la deuxième année.
- Ce que le statut ne fournit pas : pas d'assurance chômage, indemnités journalières faibles, pas de mutuelle d'employeur, et une retraite minimale, calculée sur un revenu déjà raboté par l'abattement. Un salarié à 2 500 € nets « coûte » 4 500 € parce que cette protection est payée (nous l'avons détaillé ici) ; l'auto-entrepreneur qui se compare à lui doit provisionner l'équivalent lui-même : mutuelle, prévoyance, et surtout épargne retraite.
La règle de conversion honnête : pour comparer un CA de micro-entrepreneur à un salaire, retirez cotisations et impôt, puis vos frais réels, puis 10 à 15 % à provisionner pour la protection (prévoyance, mutuelle, retraite par capitalisation, congés non payés). Un CA de 60 000 € en BNC équivaut ainsi à un salaire de l'ordre de 2 300 à 2 700 € nets, pas aux « 3 700 € nets » que suggère le calcul naïf.
Le plan d'action du micro-entrepreneur prévoyant
- Faites le calcul complet de votre cas (taux, libératoire ou non, frais réels) :
- Provisionnez la retraite vous-même. C'est le point aveugle du statut : les droits acquis sont faibles et vous ne le découvrirez qu'à 60 ans. Un versement mensuel automatique sur un PEA ou une assurance-vie, dès le premier mois d'activité, remplace la caisse de retraite que vous n'avez pas. Notre guide préparer sa retraite quand on est indépendant chiffre les montants nécessaires.
- Surveillez le seuil de sortie. Au-delà de 77 700 € de CA (services/BNC) ou 188 700 € (vente), le régime micro s'éteint. Mais le bon moment pour passer en société arrive souvent avant les plafonds : dès que vos frais réels dépassent l'abattement, ou que l'arbitrage salaire/dividendes devient pertinent.
Questions fréquentes
Quel pourcentage du CA reste-t-il en auto-entrepreneur ?
Après cotisations sociales et impôt : environ 85 % en vente de marchandises, 72-75 % en prestations de services BIC, 68-72 % en libéral (BNC), selon votre taux d'imposition. Avant déduction de vos frais réels et de la protection sociale à financer vous-même.
L'auto-entrepreneur cotise-t-il pour sa retraite ?
Oui, mais peu : les cotisations ouvrent des trimestres (sous condition de CA minimal) et des points calculés sur un revenu après abattement. Une carrière complète en micro-entreprise produit une pension nettement inférieure à celle d'un salarié à revenu équivalent. L'épargne investie en parallèle n'est pas une option, c'est le deuxième pilier obligatoire de fait.
Faut-il choisir le versement libératoire ?
Seulement si votre taux moyen d'imposition dépasse le taux du libératoire (1 %, 1,7 % ou 2,2 % du CA selon l'activité). Un contribuable faiblement imposé y perd. Refaites l'arbitrage à chaque évolution de revenus, l'option se prend et se dénonce chaque année.
Micro-entreprise ou SASU pour démarrer ?
La micro gagne pour tester une activité : zéro comptabilité, cotisations nulles si CA nul. La société (SASU, EURL) devient supérieure quand les frais réels sont élevés, que le CA approche les plafonds, ou qu'on veut piloter sa rémunération et sa fiscalité. Beaucoup commencent en micro et basculent la deuxième ou troisième année.
Ressources utiles

À propos de Camille Roux
Quand je me suis lancée à mon compte, le premier salaire que je me suis versé m'a fait l'effet d'une douche froide : entre ce que payait le client et ce qui atterrissait sur mon compte, il manquait presque la moitié. Depuis, je décortique la fiscalité, les charges et le coût réel du travail pour les indépendants et les entrepreneurs.
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