Livret A : votre épargne perd-elle de l'argent ?
Rendement réel du livret A après inflation : souvent négatif. Ce que les 57 millions de livrets ont perdu en pouvoir d'achat, et le rôle exact à lui donner.

- 1Le rendement qui compte est le rendement réel : taux affiché moins inflation. Celui du livret A est souvent proche de zéro ou négatif.
- 2En 2022-2023, le livret A à 2-3 % face à 5 % d'inflation a fait perdre ~4 % de pouvoir d'achat en deux ans.
- 3Le livret A reste le bon outil pour l'épargne de précaution : disponible, garanti, défiscalisé.
- 4L'erreur n'est pas d'avoir un livret A, c'est d'y laisser dormir au-delà de 3 à 6 mois de dépenses.
Un placement ne vous enrichit que si son taux dépasse l'inflation. Or le rendement réel du livret A (taux affiché moins hausse des prix) a été négatif pendant une bonne partie de la dernière décennie. L'épisode 2022-2023 en a été la démonstration grandeur nature : un livret servi à 2 puis 3 % face à une inflation de 5,2 % puis 4,9 % (Insee), soit environ 4 % de pouvoir d'achat détruit en deux ans, sur le placement préféré des Français.
Il faut mesurer l'ampleur du phénomène : 57 millions de livrets A, plus de 400 milliards d'euros avec le LDDS. Pendant ces deux années, l'épargne « sans risque » nationale a perdu l'équivalent de plusieurs milliards d'euros de pouvoir d'achat, sans un bruit, sans une ligne rouge sur un relevé. C'est le paradoxe du livret : le seul risque qu'il garantit à 100 %, c'est celui que personne ne regarde.
Le rendement réel, seule mesure honnête
Votre relevé affiche un rendement nominal. Vos courses, elles, suivent l'inflation. La seule question pertinente : de combien votre épargne augmente-t-elle en pouvoir d'achat ?
| Période | Taux du livret A | Inflation (Insee) | Rendement réel | |---|---|---|---| | 2017-2019 | 0,75 % | ~ 1,4 %/an | négatif | | 2020-2021 | 0,5 % | ~ 1,1 %/an | négatif | | 2022 | 1 → 2 % | 5,2 % | franchement négatif | | 2023 | 3 % | 4,9 % | négatif | | 2024-2025 | 3 → 1,7 % | ~ 1-2 %/an | autour de zéro |
La formule officielle du taux (moyenne entre inflation et taux interbancaires, avec plancher à 0,5 %) est d'ailleurs conçue pour suivre l'inflation avec retard et abattement, pas pour la battre. Un livret A qui enrichit durablement son détenteur serait une anomalie que la formule corrigerait. Ce n'est pas un scandale caché, c'est un choix documenté : le livret A est un outil de financement du logement social rémunéré au prix de la liquidité, pas un placement de croissance.
À sa place, le livret est excellent
Que ce soit clair : nous ne conseillons à personne de fermer son livret A. Il fait parfaitement trois choses qu'aucun placement investi ne fait :
- Disponibilité immédiate, sans préavis ni fluctuation : la voiture qui lâche, la chaudière, le mois sans mission.
- Garantie totale du nominal, par l'État.
- Zéro fiscalité, zéro déclaration, zéro entretien.
C'est la définition exacte de l'épargne de précaution : 3 à 6 mois de dépenses, dont le rôle n'est pas de rapporter mais d'être là. Le coût d'inflation sur cette poche est le prix, raisonnable, de la tranquillité, et c'est précisément ce matelas qui vous évitera de vendre vos investissements au pire moment.
Le problème commence au 7e mois de dépenses. Au-delà du matelas de précaution, chaque euro laissé sur livret est un choix d'investissement par défaut, le plus souvent perdant en termes réels. L'encours moyen des gros livrets (beaucoup sont au plafond de 22 950 €) raconte des dizaines de milliers d'euros en attente depuis des années, en fondant doucement.
Que faire de l'excédent
L'alternative n'est pas le casino : c'est la hiérarchie classique du patrimoine. L'excédent au-delà de la précaution a vocation à rejoindre des actifs dont le rendement réel attendu est positif à long terme : un ETF diversifié dans un PEA ou une assurance-vie pour l'horizon long, un fonds euros pour la poche intermédiaire. Oui, avec de la volatilité en route ; c'est la différence entre un risque visible (les marchés fluctuent) et un risque invisible (l'inflation grignote). Le second est plus confortable et plus coûteux.
La différence sur 20 ans se passe de commentaire : 20 000 € à 1,7 % nominal avec 2 % d'inflation perdent du terrain ; les mêmes 20 000 € à 7 % nominal en gagnent beaucoup, les intérêts composés font le reste.
Questions fréquentes
Le livret A a-t-il déjà rapporté plus que l'inflation ?
Oui, par périodes, notamment dans les années 1980-1990 et brièvement quand l'inflation retombe plus vite que le taux (2024 par exemple). Mais sur les vingt dernières années, le rendement réel cumulé du livret A est proche de zéro : il conserve à peu près le pouvoir d'achat, il ne le fait pas croître.
Combien faut-il laisser sur son livret A ?
L'équivalent de 3 à 6 mois de dépenses courantes (plus si revenus irréguliers) : c'est l'épargne de précaution, dont la disponibilité prime sur le rendement. Au-delà, l'argent sans projet à court terme a rationnellement sa place sur des supports investis à horizon long.
Le LEP est-il une meilleure option ?
Oui, pour ceux qui y sont éligibles (conditions de revenus) : son taux, indexé plus généreusement sur l'inflation, protège réellement le pouvoir d'achat, plafond de 10 000 €. Le réflexe : LEP d'abord si éligible, livret A pour le complément de précaution.
Pourquoi ne pas tout mettre en bourse alors ?
Parce que la bourse à moins de 5 ans d'horizon est un pari, et que sans matelas disponible vous seriez forcé de vendre en pleine baisse au premier accident de la vie. Le livret protège vos investissements en absorbant les chocs du quotidien. Chaque poche son métier : au livret la sécurité, aux actifs investis la croissance.
Ressources utiles

À propos de Yanis Belkacem
J'ai découvert le mouvement FIRE un soir, en calculant combien il me faudrait vraiment pour ne plus dépendre d'un salaire. La réponse m'a fait moins peur que prévu. J'écris sur l'indépendance financière parce qu'un argent bien investi travaille pour vous bien mieux que n'importe quelle promesse de pension.
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